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La circoncision, focus sur cette sunna prophétique

Article écrit initialement pour Imane Magazine. Dernière mise à jour mai 2019.

Inquiétude pour les mamans, lointain souvenir pour les papas, événement marquant de la vie d’un jeune garçon musulman, souvent fêtée en grandes pompes… Vous l’aurez deviné : c’est la circoncision. Elle ne laisse généralement pas indifférent et est souvent source de beaucoup de questions. Vous trouverez dans cet article de quoi vous éclairer un peu plus sur cette sunna prophétique.

La circoncision, sunna

La sunna que nous a léguée le prophète Mohamed ﷺ a recommandé vivement la pratique de la circoncision, coutume qui existait déjà dans l’ère préislamique. Si cette tradition est autant pratiquée chez les musulmans, c’est qu’elle fait partie de la nature primordiale de l’homme (fitra), qu’a défini le prophète ﷺ. En effet, selon Abou Hourayra, il a dit :

« Cinq choses font partie de la fitra : la circoncision, le rasage du pubis, se couper les ongles, l’épilation des aisselles et se tailler la moustache.»

[Rapporté par Bukhari et Muslim].

De plus, plusieurs autres hadiths indiquent que le prophète aurait demandé à ses compagnons, nouvellement convertis, de se circonscrire, attestant de l’importance de cette sunna. Ainsi, même si ça n’est pas explicitement inscrit dans le Coran comme une obligation du musulman, la majorité des savants (1) s’accorde à dire que la circoncision est un devoir et qu’il incombe aux parents  d’avoir comme responsabilité cette pratique pour leurs jeunes fils.

La circoncision, symbolique

Comme dit un peu plus haut, le prophète ﷺ n’apporte pas une nouvelle pratique aux musulmans avec la circoncision. Elle était déjà couramment pratiquée par la descendance d’Ibrahim, aleyhi salam, et ce qui explique aussi pourquoi les juifs la pratiquent. Elle est souvent vécue, dans les esprits, comme l’entrée officielle du jeune garçon dans la communauté des croyants et signe ainsi son appartenance à la descendance du prophète Ibrahim, aleyhi salam.

La circoncision, en quoi ça consiste ?

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D’un point de vue médical, la circoncision consiste à retirer le prépuce. Par souci de mieux comprendre, voici ce schéma expliquant le principe de la circoncision.

Le prépuce, c’est donc ce repli mobile de peau et de muqueuse qui recouvre le gland lorsque le pénis est au repos. Même si elle est le plus souvent faite à l’âge jeune chez le garçon pour des raisons religieuses, la circoncision peut être pratiquée pour des raisons médicales : infections urinaires à répétitions et phimosis (rétrécissement du prépuce, qui va alors trop serrer le gland et pouvant mener à des complications).

La circoncision, comment ça se passe en France ?

L’opération est rapide et dure généralement entre 10 et 30 minutes. En France, elle peut être pratiquée dans deux lieux différents :

  • A l’hôpital ou clinique privée, où l’opération se fait le plus souvent sous anesthésie générale, en plus de l’anesthésie locale, et la plupart des médecins préfèrent la faire au-delà de la première année de l’enfant. Une consultation pré-anesthésique est alors nécessaire quelques jours avant l’opération. L’hospitalisation est de courte durée et ne nécessite pas de séjourner à l’hôpital, sauf exception.
  • Dans un cabinet médical privé, par un médecin compétent et reconnu, qui pratique alors la circoncision sous anesthésie locale.

Bien sûr, comme toute intervention chirurgicale, l’opération peut donner lieu à des complications, tenant compte des variations individuelles qui ne sont pas toujours prévisibles. Les parents, soyez rassurés, les complications (infections, saignements, retards de cicatrisation, cicatrices douloureuses…) vous sont toujours expliquées par le médecin ou lors de la consultation pré-anesthésique et sont exceptionnelles.

Concernant le tarif, les prix varient de 170€ à 300€. Ce n’est donc pas une somme insignifiante, mais c’est une somme qui est déboursée dans la voie d’Allah et pour l’amour de notre messager tel qu’il nous la recommandé, et qui sera ainsi bénie.

La circoncision et ses soins (2)

La douleur au niveau de la zone opérée est habituellement minime et est bien calmée par les antalgiques que l’opérateur prescrit. Il ne faut pas s’inquiéter, si les premiers jours après l’opération,  le bébé ou jeune garçon pleure ou est gêné quand il urine ou lors de sa toilette intime. En effet, l’enfant n’était pas habitué à ce que le gland soit continuellement découvert (auparavant, il était recouvert par le prépuce).

La cicatrisation, qui dure de deux à quatre semaines, afin qu’elle soit optimale, nécessite des soins locaux pendant quelques jours prescrits par l’opérateur : éviter les bains jusqu’à que les fils de suture tombent spontanément, dans un délai de deux à trois semaines, privilégier le port de vêtements amples et s’abstenir de rapports sexuels pour les adultes qui ont recours à l’opération (et oui, il n’y a pas que les jeunes  garçons qui sont concernés par la circoncision ! Les nouveaux convertis y ont parfois recours aussi, et sont donc la plupart du temps déjà bien âgés).

Témoignage d’une sœur: Pour mes deux fils, j’ai préféré leur faire la circoncision au Maroc (sous les conseils avisés de mon médecin traitant, elle-même marocaine). En effet, là bas, on peut le faire à l’âge que l’on souhaite, les docteurs sont rodés, il n’y a pas de jugement de valeur, ni de réticence de la part d’un corps médical qui pourrait être anti-circoncision justement. Concernant les soins là bas, on m’a prescrit de la Biafine® 3 fois par jour ou à chaque change, puis au bout d’une semaine de traitement, lavage de la partie intime à l’eau savonneuse et de l’éosine en spray pendant 3 jours.

Dans les jours qui suivent l’intervention, pour prévenir des complications graves, assurez-vous qu’il n’y ait pas de rougeur, d’enflure ou d’écoulements sur la plaie ou le pénis et que votre enfant ne fasse pas de fièvre. Si votre garçon présente ces signes, vous devez en aviser rapidement votre médecin ou une infirmière de l’hôpital ou de la clinique où l’intervention a eu lieu.

 L’âge de la circoncision

Le moment idéal pour la circoncision ne fait pas l’unanimité entre les savants. Certains disent qu’elle doit se faire à la naissance et recommandent de ne pas la faire le septième jour, pour se différencier de la coutume juive. Ahmad ibn Hanbal admet que l’on puisse attendre jusqu’à ce que le garçon atteigne même l’âge de cinq ans, mais déconseille d’attendre davantage. Dans tous les cas, l’âge maximum où on peut laisser l’enfant sans circoncision est peu avant la puberté. Ibn al Qayim a dit: «Il n’est pas permis au tuteur d’un garçon de le laisser sans circoncision jusqu’à ce qu’il atteigne la puberté ». Ainsi, le mieux est de le faire le plus tôt possible : l’enfant cicatrise plus vite, il ne marche pas encore (et donc moins de frottements avec la couche ou les habits) et il y a moins de risque pour que l’expérience soit vécue comme un traumatisme pour l’enfant ou qu’il en garde un mauvais souvenir.

La circoncision, pratique recommandée par OMS en Afrique

 Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) (3), 661 millions d’hommes de plus de 15 ans étaient circoncis en 2009, soit environ 30 % de la population masculine mondiale. L’OMS encourage d’ailleurs cette pratique en Afrique ! En effet, différentes études très sérieuses ont prouvé que la circoncision aurait une certaine efficacité pour prévenir les maladies sexuellement transmissibles dont le VIH (virus du SIDA), avec une diminution de plus de 60% chez les hommes circoncis, ainsi qu’une diminution des infections à papillomavirus, à chlamydia et la transmission de l’herpès.

Conclusion

La circoncision, héritage légué par nos prophètes depuis Ibrahim, aleyhi salam, fait aujourd’hui partie intégrante de la vie d’un homme musulman. Elle prévient d’infections urinaires à répétition, participe à une meilleure hygiène de la partie intime masculine, et permet même dans certaines régions de diminuer le risque de transmission du VIH. Afin qu’elle soit bien vécue par votre enfant, veillez à ce qu’elle soit réalisée au minimum sous anesthésie locale pour lui épargner les douleurs et par un médecin compétent dans des conditions d’hygiène irréprochables. Pour ce qui est des grandes fêtes pour célébrer cette fameuse « T’hara », ça ne fait pas partie de la sunna et ça ne relève que de la tradition. Le principal est que nos petits muslims soient en bonne santé et partent avec les meilleures bases possibles pour devenir d’excellents musulmans !

Sources :

  • (1) Fatwa de Cheikh ibn ‘Uthaymine, Majmû ‘al-Fatawas « recueil des fatwas » ’11/117, tiré de l’ouvrage du dr Khaled ibn ‘Abdir Rahman Al-Jeraissy
  • (2) https://www.urofrance.org/base-bibliographique/posthectomie-de-ladulte-circoncision
  • https://www.who.int/mediacentre/news/releases/2007/pr10/fr/
1 Comment
  • 13 mai 2019
    reply
    Claudia

    Merci ton article m’a rassuré ❤️ et il très complet

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