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La contribution arabo-musulmane à la médecine

Article écrit initialement pour Imane Magazine. Dernière mise à jour mai 2019.

Ibn Sina, Ibn Rushd, Ibn Al Nafis, Abu Bakr Ar Razi… Avez-vous trouvé leur point commun ? De grands médecins du monde arabo-musulman (1). Et oui ! Pendant des siècles, les arabes, grandement inspirés par la médecine prophétique, furent les meilleurs dans le monde médical. Leurs traités étaient mêmes enseignés dans toutes les facultés de médecine européennes. Dans cet exposé, on va essayer de découvrir ensemble les grandes figures du monde médical arabe, leurs inspirations, les importantes inventions et découvertes mais aussi essayer de constater combien le monde arabo-musulman était pionner dans l’étude des sciences, fût un temps, et que l’on doit s’en inspirer.

La médecine prophétique, un exemple pour les savants

Si on connait si bien notre bien aimé prophète, aleyhi salat wa salam, en tant que grand chef d’armée, diplomate, époux, père, ami… on le connait moins bien dans son rôle de véritable médecin ! Ainsi, il soignait les blessés pendant les expéditions, qui étaient alors placés dans une tente à part, où certains y verront les prémices de nos hôpitaux, il prodigua énormément de conseils sur la question de l’hygiène corporelle et enseigna aussi bon nombre de thérapeutiques. Toute cette richesse de ce savoir nous a été transmise dans la médecine prophétique.

D’après Abu Hurayrah, le prophète, aleyhi salat wa salam a dit : « Allah n’a pas fait descendre une maladie, sans avoir descendu en même temps son remède. » (2) 

L’administration de miel, l’utilisation de graines de nigelle, la pose de ventouses ou cupping thérapie (Hijama), la cautérisation par le feu, les massages… tellement de physiopathologie expliquées, pathologies étudiées et traitements donnés qui ont inspiré les plus grands scientifiques et docteurs des empires arabo-musulmans.

Les grands apports de la médecine arabe
Les premiers hôpitaux

Dès le début du 9e siècle du calendrier grégorien, apparaît la notion de l’hôpital, tel qu’on le connait actuellement, dans le monde arabe où les patients sont pris en charge par un personnel qualifié. Ainsi, le premier hôpital fut crée à Bagdad, par le calife de l’époque Harun ibn Rashid. Son emplacement a été choisi de la manière suivante : des morceaux de viande avaient été suspendus dans différents endroits de la ville pour s’assurer de la pureté de l’air et l’on choisit de bâtir l’hôpital là ou la putréfaction fut la plus lente à se produire. De là, cet hôpital devient très vite le plus grand du monde, avec 24 médecins employés, sous la direction d’Ar Razi. Très vite, les hôpitaux surgissent dans l’empire arabo-musulman, et ça n’est pas moins de 34 hôpitaux que l’on recense alors : à Damas, au Caire, à Kairouan, à Tunis…

Les séjours à l’hôpital étaient gratuits comme les soins à domicile donnés aux pauvres et aux paysans. De plus, les hommes & femmes étaient soignés dans des locaux différents, les patients infectés étaient placés en quarantaine. La grande particularité de l’hôpital musulman était de posséder une pharmacie pour le stockage des médicaments et la préparation des remèdes.

En comparaison, il a fallu attendre le 14e siècle, pour qu’apparaisse le premier hôpital en France, à l’époque de Louis IX. Avant, ce n’était que des hospices ou asiles qui n’avaient pour rôle que d’éloigner les malades et fous de la société.

Les principes de la médecine arabe
  • Conserver la santé par le respect d’un certain nombre de règles d’hygiène (lavage des dents réguliers, toilettes pluriquotidiennes, épilation, hammam…)
  • La bonne santé est basée en partie sur un bon régime alimentaire, variant en fonction du sexe, de l’âge et de la variabilité de chaque individu.
  • La pratique régulière des exercices physiques y est recommandée
  • Eviter les excès néfastes avant qu’ils ne deviennent incontrôlables, juste milieu.
  • Quand la maladie s’installe, le médecin pose son diagnostic par l’étude des signes, la prise du pouls, la palpation du patient, l’examen de la coloration de la peau, l’observation des urines et le suivi de l’évolution de la maladie.
  • D’abord, on traite le malade par un médicament simple, s’il n’est pas suffisant un médicament composé et en derniers recours, on pratique la chirurgie.:

Tant que tu peux soigner à l’aide d’aliments, ne soigne pas avec des médicaments.  [Rhazi]

La pharmacologie, science des médicaments

Les arabes furent aussi très en avance dans le domaine pharmacologique. Généralement, la plupart des médecins préparaient leurs propres médicaments dits drogues, mais Bagdad possédait aussi des apothicaires qui exécutaient des ordonnances comme nos modernes pharmaciens. Ces apothicaires disposaient d’un vaste assortiment de remèdes à base de produits végétaux et animaux, et même de substances minérales complexes telles que le sulfate de cuivre employé pour favoriser la cicatrisation des plaies ouvertes en rapprochant les tissus lésés.

Grands apports dans les domaines de la chirurgie, ophtalmologie, gynécologie…

Crédits Photo.

Dans le domaine gynécologique, les arabes inventèrent des moyens de contraception et des traitements contre les infections : utilisation d’injections et de tampons vaginaux imprégnés de produits médicamenteux à base de plantes, créations de procédés de contraception et des moyens abortifs, telles que les fumigations du vagin, et l’introduction de tiges végétales ou métalliques dans l’utérus, actuels stérilets. Concernant la naissance, ils maîtrisaient l’accouchement par césarienne.

Les médecins musulmans étaient extrêmement avancés dans le domaine de la chirurgie. Ainsi, ils réalisèrent un grand nombre d’opérations fort complexes pour l’époque, concernant la chirurgie crânienne, les interventions sur les vaisseaux sanguins et surtout sur l’œil. L’ophtalmologie était d’ailleurs un de leurs points forts, sans doute parce les pathologies touchant les yeux étaient très répandues en Orient. Ils mirent au point une méthode ingénieuse pour opérer les cataractes (opacification totale ou partielle du cristallin de l’œil) qui resta en usage durant plusieurs siècles. De plus, ils savaient pratiquer une chirurgie abdominale très délicate, en particulier sur la vessie, comportant l’usage de drains. Ils pratiquaient la réduction des luxations des articulations et l’immobilisation des fractures, enlever les tumeurs bénignes et malignes, faisaient des ligatures de vaisseaux ainsi que l’excision des varices.

Ainsi, force est de reconnaître qu’à cette époque, la médecine arabe représentait le sommet de ce qu’il était possible d’atteindre dans ce domaine et écrasait complètement une médecine occidentale quasi inexistante et entachée d’obscurantisme. Pour un malade ou un blessé, les chances de survie étaient « cent fois » plus grandes à Bagdad ou à Damas qu’à Paris ou à Rome. Et la médecine n’était pas le seul domaine où les arabes brillaient par leur savoir, les mathématiques, l’astronomie, l’architecture, la physique… ils furent les maîtres d’une civilisation glorieuse et puissante. A nous de reprendre ce chemin vers le savoir et Al Ihsan pour exceller dans ce que nous faisons.

Crédits Photo.

Quelques exemples
  • Le premier à découvrir la circulation pulmonaire est Ibn Al Nafis, et non William Harvey comme on peut encore l’apprendre dans certaines facultés de médecine en France en 2019…
  • Le prophète Mohamed, aleyhi salat wa salam, a décrit plusieurs maladies contagieuses que sont la lèpre, la gale et les maladies sexuellement transmissibles.
  • Le cannabis était déjà utilisé par les médecins de l’époque en plante ayant comme propriété d’être anti-inflammatoire, anti-émétique, antalgique, anti-épileptique et antipyrétique.
  • L’hirudothérapie, introduite par Avicenne consiste à utiliser des sangsues à visée médicale.
  • Abul Qasim Khalaf ibn al-Abbad al-Zahrawi, connu en Occident sous le nom de AbulCasis, est le premier chirurgien connu dans l’histoire de l’humanité. Au 10ème siècle, il a écrit « Al Tadrif », une encyclopédie médicale qui incluait un traité sur la chirurgie où il y explique les instruments qu’il a inventé pour ses interventions: scalpel, forceps, ciseaux pour la chirurgie oculaire.. plus de 200 instruments, dont beaucoup sont actuellement utilisés par les chirurgiens. Son livre a été utilisé comme référence pendant les 500 années qui l’ont suivi.
  • Bien que la vaccination soit souvent attribuée comme une découverte de Jenner et Louis Pasteur, elle a en fait été découverte par les musulmans, puis apportée par la femme d’un ambassade anglais en Turquie en 1724. Les enfants turcs étaient vaccinés avec de la variole, au moins 50 ans avant que la vaccination soit découverte en Europe. 

Sources :

  • (1) Quand on parle du monde arabo-musulman, on parle aussi du monde perse qui est une grande partie de l’empire.
  • (2) Hadîth authentique [Sahîh] – Authentifié par Sheikh al-Albânî dans « as-Silsila as-Sahîha – n°451 »
  •  http://magazinemedical.blogspot.fr/2010/02/les-hopitaux-arabes.html
  • http://www.videoskick.com/13-muslim-inventions-discoveries-to-modern-the-world-in-islamic-age/
1 Comment
  • 15 août 2019
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    tounsi

    Abu Bakr Razi n’était pas musulman, mais un déiste qui passé son temps à critiquer les prophètes.

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