Française, interne en médecine générale, maman de 2 enfants et musulmane, je vais tenter à travers mon blog d’apporter une infime part à l’humanité: anecdotes, conseils santé, informations, expériences, états d’âmes, tribulations, débats… Bienvenue sur mon site TheHijabiDocToBe à travers mes péripéties quotidiennes de future Dr en médecine si tout va bien, dans ce monde où rien ne va…

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Maladie de Sever, pathologie méconnue

Travail universitaire personnel réalisé intégralement dans le cadre de mon internat de médecine générale. Ne pas reproduire, merci.  Toute ressemblance à un cas réel est fortuite. Certains éléments ont été modifiés afin de ne pas reconnaître le patient concerné. Si vous constatez une erreur dans l’article, ou si vous avez connaissance d’une nouvelle mise à jour des données  scientifiques, merci de me le préciser en commentaire afin que je puisse le changer.

Nous voyons ce jour la petite Lou-Anne, 10 ans, accompagnée de son père. Elle vient car depuis trois jours, elle présente une toux, plutôt vespérale, qui la gêne par la fréquence. A l’interrogatoire, on ne retrouve pas de notion d’hyperthermie mais on note la présence d’une rhinorrhée claire, sans autre signe associé. L’appétit et le sommeil sont conservés.

Dans ses antécédents, l’existence seulement d’un souffle fonctionnel systolique, ayant été contrôlé par le cardiologue comme bénin.

Nous procédons à l’examen clinique en commençant par l’auscultation cardio-pulmonaire qui se retrouve normale: murmure vésiculaire bilatéral et symétrique, pas de bruits surajoutés, rythme cardiaque régulier à 70 bpm, souffle non retrouvé. Au niveau de la sphère ORL, là aussi rien de particulier, les tympans sont normaux. Face à cet examen clinique rassurant, nous concluons à une virose saisonnière, probablement un début de rhinopharyngite avec toux d’irritation et donnons les conseils d’usage : doliprane si douleurs / fièvre, plusieurs désencombrements rhino-pharyngé (DRP) par jour, sirop antitussif si besoin, bonne hydratation et consignes de reconsultation. Bien que nous soyons face à un « simple » rhume, il faut veiller à être très vigilant et systématique à chaque examen. Une toux et/ou rhinite claire peuvent être le mode de révélation d’asthme, d’allergies ou même une pneumopathie à bactéries atypiques. Je constate que l’une des difficultés dans la pratique de la médecine générale est vraiment de ne pas se laisser emporter dans une routine quotidienne et négliger, par exemple, de faire une auscultation ou réaliser un geste clinique juste parce qu’on se dit que ça ne semble pas grave. C’est ainsi que l’on peut passer à côté de certains diagnostics, mettre en jeu le pronostic et commettre de grave fautes médicales.

Nous pensions avoir terminé la consultation, pour un motif assez fréquent ces dernières semaines, en ce début d’hiver, quand le père nous dit alors que sa fille présente une douleur au talon gauche depuis quelques jours. Lou-Anne nous dit qu’il n’y a pas eu de traumatisme récent, ni de chute ou faux mouvement. Elle ne se souvient pas d’un moment précis ayant pu déclencher la douleur. Elle nous précise qu’elle a fait du basket avec l’école hier mais sans événement particulier. Je me retrouve perplexe devant la situation, cela ne m’évoque rien qui colle à l’histoire de la maladie. En effet, jusqu’alors je n’ai été confronté qu’à des douleurs traumatologiques chez les enfants aux urgences, et pour le moment je n’ai donc aucune hypothèse en tête lors de cet interrogatoire : pas d’origine traumatologique, pas de contexte inflammatoire, pas d’antécédent particulier, pas d’autres signes associés. Je décide donc de passer à l’examen clinique en réalisant un examen bilatéral des membres inférieurs. Le pied douloureux n’est pas inflammatoire, pas d’hématome, pas de déficit sensitif, le testing moteur est normal, pas de déformation du membre. On note juste une douleur à la palpation au niveau de l’insertion du tendon du triceps sural (tendon d’Achille) sur le calcanéum. Pas d’autres douleurs à l’examen clinique, pas de boiterie à la marche. Mon praticien prend le relai et demande si Lou-Anne pratique d’autres sports en dehors de l’école. En effet, elle pratique du tennis et de la danse. De là, il explique alors à la patiente et son père qu’elle présente probablement la maladie de Sever, pathologie du pied la plus fréquente chez l’enfant.

Qu’est-ce que la maladie de Sever ?

La maladie de Sever ou apophysite postérieure du calcanéum est une pathologie qui touche le plus souvent les enfants entre 8 à 13 ans. Elle touche autant les filles que les garçons. À cet âge, l’os du talon (calcanéum) est divisé en 2 parties séparées de cartilage. C’est ce qu’on appelle la plaque de croissance ou cartilage de conjugaison, structure plus fragile que l’os chez l’adulte. Lorsque des impacts répétés ou une grande tension sont appliqués sur cette zone, cela peut mener à de l’inflammation douloureuse au talon. C’est particulièrement le cas chez les enfants très sportifs.

Schéma anatomique des attaches tendineuses sur le calcanéum (os du talon).

Sa physiopathologie s’explique par deux phénomènes :

  1. Forces de traction exercées par l’insertion distale du muscle triceps sural par l’intermédiaire du tendon d’Achille et l’insertion proximale des muscles courts fléchisseurs palmaires.
  2. Microtraumatismes répétés liés aux chocs d’appui du talon au sol pendant la marche, la course et les réceptions de sauts.

L’existence de troubles statiques comme le varus ou le valgus de l’arrière pied, associés ou non à un défaut de répartition des charges sur l’ensemble du pied à l’effort peuvent amplifier la douleur.

 

 

Douleurs et irradiations douloureuses de la maladie de Sever

Tableau clinique de la maladie de Sever :
  • douleurs de talon (talalgies) d’apparition progressive,
  • survenant pendant les activités sportives ou au décours de celles-ci.
  • Douleurs mécaniques, augmentées par l’effort (sports, jeux) et calmées par le repos.
  • +/- irradiations vers le tendon d’Achille ou la région plantaire

4 stades ont été établis par l’American Academy of Pediatrics selon l’intensité :

  • Douleur après l’effort physique
  • Douleur pendant l’activité sans limitation de performance
  • Douleur pendant l’activité avec gêne fonctionnelle
  • Restriction de l’activité avec douleur chronique permanente y compris au repos

Évolution possible vers une aggravation en intensité de douleur ou en facilité d’apparition (pendant des exercices de moins en moins sportifs, puis pendant des activités de la vie quotidienne).

Comment faire l’examen clinique ?

Il est nécessaire d’évaluer :

  • l’intensité de la douleur : marche normale, boiterie d’évitement plus ou moins importante, impotence fonctionnelle totale.
  • Les troubles de la statique du pied (pied creux, plat)
  • L’amplitude articulaire le la cheville : en flexion (dorsale), témoin de la longueur du tendon d’Achille.
  • La palpation et observer si apparaît une douleur provoquée au niveau des faces latérales, postérieure et inférieure du talon.

Crédits Photo.

Quels examens complémentaires demander ?

Le seul examen utile est la radiographie qui sera normale en cas de maladie de Sever même si la symptomatologie et l’examen clinique sont fortement évocateurs du diagnostic. En effet, cette pathologie étant une inflammation du cartilage de conjugaison, elle ne pourra être vue. Le seul rôle de la radiographie est d’alors éliminer d’autres causes de la douleur (fractures de fatigue, malformations, tumeurs, ostéite, rhumatisme inflammatoire…).

Comment traiter une maladie de Sever ?
  • Repos : à la fois au niveau sportif scolaire et extra-scolaire, traitement de référence, indispensable et non négociable.
  • Immobilisation plâtrée : lorsque l’enfant n’arrive plus du tout à poser le talon au sol, avec interdiction d’appui pendant 3 semaines.
  • Traitement médicamenteux par antalgique et anti-inflammatoire par voie générale pendant 1 semaine. L’utilisation d’antalgiques locaux par crème n’a pas prouvé son efficacité.
  • Adapter le chaussage : utiliser des semelles amortissantes ou orthèses afin de limiter les microtraumatismes lors des activités de la vie quotidienne et sportives ainsi que corriger un trouble d’appui important.
  • Kinésithérapie : fondamentale pour diminuer les forces de traction du tendon d’Achille sur le cartilage de croissance postérieur du calcanéum avec réalisation d’étirements myo-tendineux, au rythme optimal de 2 fois par semaine.
Comment éviter les récidives ?

Après guérison, il est possible d’éviter la récidive de la maladie de Sever par :

  • Entretien de la souplesse des membres inférieurs par des étirements à domicile.
  • Modification de la pratique sportive avec étirements indispensables avant et après toute activité, ceci quel que soit le sport envisagé.

Dans tous les cas la maladie de Sever évolue vers la guérison soit de façon thérapeutique soit de façon naturelle par la fermeture du cartilage de conjugaison vers l’âge de 16 ans.

Conclusion :

J’ai trouvé ce cas intéressant, car par la suite j’ai pu le diagnostiquer chez d’autres enfants, pathologie finalement assez fréquente mais que je connaissais peu.  Même si le tableau semble typique et le diagnostic est établi dès l’interrogatoire, l’examen clinique reste impératif afin d’éliminer d’autres causes, pouvant être plus graves. Ce cas représente aussi pour moi l’illustration d’une situation nouvelle rencontrée chez le praticien en ville, à savoir que je me retrouve dépourvue par l’interrogatoire et ne pas savoir directement ce que présente le patient face à soi. Il n’existe pas vraiment de porte de sortie comme aux urgences où on peut prendre le temps de temporiser, réfléchir sur les dossiers, discuter entre collègues. Ici, en regard du temps de consultation (généralement 15 minutes), il faut réfléchir beaucoup plus vite, préciser son interrogatoire en fonction de nos connaissances, et heureusement le praticien est là pour nous apprendre ce genre de pathologies rencontrées plus souvent au cabinet qu’en hospitalier. Pour la petite Lou-Anne, nous lui avons donné un certificat d’arrêt de sport pour la durée d’un mois, insister sur le repos sans pour autant arrêter de marcher. Nous lui avons également proposé de revenir si la douleur augmentait d’intensité ou s’il apparaissait un nouveau signe afin de réévaluer les choses.


Sources :
3 Comments
  • 13 juillet 2019
    reply
    Ysf

    J’ai appris quelque chose, merci 👌

  • 16 juillet 2019
    reply
    HMO

    Je ne connaissais pas du tout 😮
    Merci beaucoup !

  • 18 juillet 2019
    reply
    Nadia

    Merci bcp mon fils a été diagnostiqué cette année !! Il a du mal à marcher et à dû réduire drastiquement le sport ! Donc on gère maintenant la prise de poids !!
    Vos retours nous permettent de rester positifs face à des douleurs souvent incomprises!

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