Française, interne en médecine générale, maman de 2 enfants et musulmane, je vais tenter à travers mon blog d’apporter une infime part à l’humanité: anecdotes, conseils santé, informations, expériences, états d’âmes, tribulations, débats… Bienvenue sur mon site TheHijabiDocToBe à travers mes péripéties quotidiennes de future Dr en médecine si tout va bien, dans ce monde où rien ne va…

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Une première fois qui pique

Trace d’apprentissage personnelle réalisée intégralement dans le cadre de mon internat de médecine générale pour la faculté. Ne pas reproduire, merci.  Toute ressemblance à un cas réel est fortuite. Certains éléments ont été modifiés afin de ne pas reconnaître le patient concerné.

Aujourd’hui, vient le petit Evan avec sa maman. Ma maître de stage ayant eu une urgence, doit s’absenter quelques instants.

OMG. Je vais donc réaliser la consultation seule. Un sentiment d’excitation se mêle à de l’anxiété. Allez, je peux le faire.

Je demande la raison de la venue d’Evan et sa mère, elle me dit qu’il doit réaliser ses vaccins des douze mois.

Ok Iman respire, les vaccins t’en as déjà fait. Tu sais faire, ça va aller.

La maman m’annonce qu’elle est assez inquiète car les précédents vaccins ont été vécus comme des moments difficiles avec beaucoup de pleurs par la suite.

Une maman stressée. Gé-ni-ale. Un gamin qui va hurler. Mer-veil-leux. Bon je ne vais pas me plaindre, ça aurait pu être une antivax.

Je demande à voir le carnet de santé, je regarde quels sont les vaccins déjà réalisés, les antécédents et autres informations que l’on peut trouver sur le carnet de santé. C’est un enfant sans antécédent particulier, né à terme, une croissance staturo-pondérale qui suit ses courbes. Il ne prend aucun traitement à la maison. Aujourd’hui, selon le schéma vaccinal en vigueur, le petit Evan doit recevoir une injection du Neisvac ©, contre la méningite C. La première injection a eu lieu à 5 mois et là, il s’agit d’un rappel à 11 mois. Il doit aussi faire le PRIORIX ©, injection contre la rubéole, oreillons et rougeole, dont il y a une première injection à 12 mois puis à 18 mois. Il a été prouvé par des études que l’administration de NEISVAC en même temps (mais dans des sites d’injection séparés) que le vaccin ROR n’a pas d’effet cliniquement significatif sur la réponse immunologique à ces antigènes. Je demande à la mère s’il est malade actuellement ou s’il y a quelque chose en particulier. Elle me dit que non. En effet, la vaccination doit être différée chez des patients présentant des maladies aiguës (avec ou sans fièvre) qui pourraient être aggravées par d’éventuels effets indésirables dus au vaccin ou qui pourraient interférer dans l’interprétation d’éventuels effets indésirables dus au vaccin.

Elle me précise aussi qu’elle a disposé sur ses cuisses deux patchs d’anesthésiant local (EMLA).

Ok, je pense avoir tout checké. Petit enfant peut aller se faire vacciner.

Je demande à la maman de déshabiller l’enfant et de s’installer pendant que je prépare les vaccins.

Cool, un petit moment off où je n’ai pas besoin de faire semblant de gérer devant la maman. Je peux me concentrer tranquillement sur le bureau à préparer tout ça.

Je commence par me nettoyer les mains avec une solution hydro-alcoolique. Les vaccins sont assez simples à préparer. NEISVAC © est une seringue déjà pré-remplie. J’y ajoute l’aiguille, je purge. Je prépare le vaccin PRIORIX, qu’il faut reconstituer grâce à la solution et la poudre présentes dans la boite. Je mélange. J’aspire. Aiguille. Je purge. Je prépare deux compresses stériles où je mets de la biseptine. Deux pansements.

C’est parti !

Je demande à la maman de s’asseoir sur la table d’examen, de poser son enfant à califourchon sur sa jambe, tête contre sa poitrine, dos contre moi afin qu’il ne me voit pas mais surtout qu’il ne voit pas l’aiguille. Ces deux vaccins peuvent s’administrer par voie intramusculaire. Chez les jeunes enfants de moins de 2 ans, on préfère la face antérolatérale de la cuisse. Je dis au petit garçon que je vais lui faire deux petites piqûres, que maman est avec lui et que ça va aller vite.

Bon. Honnêtement, je ne sais pas trop s’il comprend un mot de ce que je dis mais information éclairée au patient m’a-t-on toujours appris. Hé à tous les patients, ok ? Même s’il a un an et que ça ressemble plutôt à moi qui cherche à me rassurer à verbaliser ainsi tout ce que je vais faire.

Je repère donc l’endroit où vacciner, je pince la peau, j’y fais la piqûre, aiguille à 90°, j’injecte. Pareil sur la cuisse controlatérale.

Dieu merci. Il n’a absolument pas pleuré ! Je vais m’empresser de remercier Dr A. de m’avoir donné cette technique miracle qui m’aura même valu un compliment de cette mère initialement fort inquiète de ce moment.

L’enfant est rhabillé. Je complète le carnet de santé en collant bien les étiquettes des lots des vaccins dedans. Je laisse une trace écrite sur le dossier médical informatique. Je passe la carte vitale, le règlement effectué, ça y est la consultation est finie.

J’accompagne la maman à la sortie puis je retourne à mon paillasson où je vais ranger le matériel, jeter les aiguilles dans le conteneur adapté. J’ai l’impression d’avoir oublié tellement de choses. Je commence à regretter et à cogiter dans ma tête.

Mince, peut-être que j’aurais dû en profiter pour peser et mesurer l’enfant. Oubli numéro 1.

Mince, j’aurais dû parler à la mère des éventuels effets indésirables du vaccin et lui demander de patienter vingt minutes en salle d’attente en cas où. Oubli numéro 2.

Mince, j’ai oublié de demander à la maman si les conditions de conservation des vaccins ont bien été respectées avant de les utiliser. Oubli numéro 3.

Faut-il que je rappelle la patiente ? Non, c’est bon, pas besoin de réagir plus qu’il n’en faut et risquer de stresser la maman. De plus, je lui ai dit avant qu’elle ne sorte que si ça n’allait pas, elle pouvait appeler ou revenir.

Voilà, geste technique qui peut paraître tellement simple aux premiers abords et pourtant qui cache un enjeu tellement important: la couverture vaccinale individuelle et collective. Assez contente que pour une première, toute seule, cela se soit bien passé.

Allez, on enchaîne avec la consultation suivante, pas de temps à perdre !


Sources :
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